(P) Enfance (Francis Carco) :

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Les persiennes ouvraient sur le grand jardin clair

Et, quand on se penchait pour se griser à l’air

Humide et pénétré de fraîcheurs matinales,

Un vertige inconnu montait à nos fronts pâles

Et nos cœurs se gonflaient comme un ruisseau grossi,

Car c’était tout un vol de parfums adoucis

Dans l’éblouissement heureux de la lumière :

Les langueurs avaient des langueurs particulières

Où se décomposait une odeur de terreau.

Tout le printemps chantait de l’éveil des oiseaux

Et, dans le déploiement des ailes engourdies,

Passait le grand élan paisible de la vie.

Une rumeur sonore emplissait la maison.

On entendait des bruits d’insectes ; des frissons

Faisaient trembler les grappes mauves des glycines

Tandis qu’allègrement des collines voisines

Un parfum de sous-bois arrivait jusqu’à nous.

Ô matins lumineux ! matins dorés et flous,

Je vous respirerai plus tard à la croisée

Et vous aurez l’odeur des feuilles reposées.

Et ce sera comme un très ancien rendez-vous.

 

{Francis Carco (1868~1958) La bohème et mon cœur}

 

Commentaires:

Une Réponse à “(P) Enfance (Francis Carco) :”

  1. jaclyn
    jaclyn écrit:

    votre façon d’écrire est magnifique!!

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