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(L) Extrait de « Conversation imaginaire entre Platon et Diogène » (Walter Savage Landor) :

Bastein-Lepage_Diogenes

[Diogène par Jules Bastien-Lepage, 1873]

Diogène :

Je ne me mêle pas à présent de l’infini ou de l’éternité : j’en parlerai quand je pourrai les comprendre. Vous autres métaphysiciens, vous tuez la terre porteuse de fleurs et de fruits à force de la creuser, de la retourner, de la tamiser, et ne rapportez jamais rien de tangible et de malléable des profondeurs obscures dans lesquelles vous peinez. Le monde intellectuel est comme le monde physique : on n’en tire rien, on ne peut pas le cultiver dès qu’on va sous la surface – où il y a plus de choses à faire et à découvrir que vous n’en aborderez jamais.

Platon :

Il arrive que le soir nous n’apercevions pas les étoiles, parfois parce que des nuages les cachent, mais le plus souvent en raison des dernières lueurs du jour : de même, bien des vérités nous échappent dans l’obscurité où nous nous trouvons ; et plus encore dans cet état d’esprit crépusculaire qui nous pousse à nous satisfaire des fantaisies de notre imagination et à ignorer ce que nous savons.

Diogène :

Ne t’éloigne pas du sujet, ou du moins ne le perds pas de vue, et, au lieu de chercher à épater la galerie, dis à tes auditeurs ce qui leur permettra à l’avenir de ne pas s’interroger. C’est cela philosopher rendre tangibles les choses les plus lointaines, utiles les plus communes, et laisser pour la fin ce qui est le moins nécessaire. Je me suis toujours méfié des phrases ronflantes. Un coquillage plein n’est guère sonore, mais il montre ainsi ce qu’il y a en lui. On gonfle plus facilement une vessie avec du vent qu’avec de l’huile.

 {Walter Savage Landor  (1775~1864) Conversation imaginaire entre Diogène et Platon, (c) Allia, 1995, traduction de Thierry Piélat}

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