(L) L’Infini (Ernest Hello) :

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     Nous sommes tellement finis que, pour exprimer l’Infini, nous nous servons d’un mot négatif : infini, non fini. Nous sommes obligés de prendre le fini pour base du mot, et puis de le nier. Le mot Infini a trois syllabes, et le fini occupe deux d’entre elles. Deux sur trois, c’est beaucoup. Quand nous essayons de parler de l’Infini, le fini nous remplit la bouche. L’affirmation absolue devient entre nos lèvres une négation. Autant faut-il en dire de l’Immense. Nous sommes obligés de parler de mesure pour dire qu’il n’y en a pas. Notre limite éclate et s’affirme par les efforts mêmes que nous faisons pour parler d’autre chose. Pour parler d’infini, on dirait qu’il nous faut prendre le mot fini comme victime et l’offrir en sacrifice. Est-ce qu’il y aurait quelque rapport entre cet acte de la langue humaine et cet acte de la flamme qui, voulant parler d’Infini à sa manière, cherche une victime pour la brûler ? Dans un cas comme dans l’autre, est-ce que l’Infini nous dirait :
     «Qu’y a-t-il de commun entre vous et moi ?»

{Ernest Hello / 1828~1885 – Prières et méditations inédites, Bloud & Cie, 1911}

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